Le stoïcisme n'est pas une attitude de résignation face au destin, mais une méthode active pour cultiver la force d'âme, la clarté mentale et la juste action.
Un peu d’histoire
Les origines anciennes de la pensée philosophique et spirituelle
Bien souvent, nous faisons commencer toute étude du stoïcisme avec Zénon de Kition ; mais pour moi, il est quelque chose de plus fascinant encore : imaginer le stoïcisme comme l’effet d’une pollinisation antérieure.
C’est de Zénon que le stoïcisme est né. Zénon est le créateur du stoïcisme.
Mais quand on a un peu trop traîné dans les librairies d’occasion, on découvre ce qu’il y avait avant , on découvre que la pensée de cet homme qui foulait les terres d’une civilisation encore très fragmentée il y a de cela 2 500 ans, devait, tout autant que ta propre pensée, être celle d’un esprit lui-même nourri d’insondables ramifications spirituelles et réflexives, elles-mêmes le fruit d'une large et ancienne antériorité.
Alors partons de là.
De ce temps lontain.
Car bien avant que la philosophie ne soit appelée philosophie, bien avant les Grecs ; les êtres humains, qui commencèrent à penser et à s’organiser il y a environ 70 000 ans 1, se sont, dès les premiers âges de l’Histoire, alors que notre ancêtre Homo sapiens s’aventurait au-delà de son berceau, l’Afrique, mis à s’interroger sur les grandes questions du monde et de l’être :
Qui sommes-nous ?
Qu’est-ce qui gouverne le monde ?
Que se passe-t-il après la mort ?
Quelle est la bonne manière de vivre ?
Ces questions sont plus anciennes que la Grèce elle-même.
Elles sont
humaines.
Nous n’avons plus de traces de ces temps tombés dans l’oubli. Il nous faut accélérer à très grande vitesse : depuis le premier hominidé:
passer le Paléolithique, de 2,5 millions d’années à –10 000,
passer le Mésolithique, de –10 000 à –8 000,
passer le Néolithique, de –8 000 à –3 000.
Tout ce temps,
pendant ces deux, presque trois millions d’années, le cerveau humain s’est formé. Lentement. Graduellement.
Et un jour, un homme ou une femme, dans toute sa conscience humaine, s’est posé une question qui résonne encore, sous une forme certainement très proche, dans les cellules grises de ton cerveau à toi, tant de temps après.
Depuis les tribus indigènes du continent américain jusqu’aux peuples d’Extrême-Orient, ceux qui regardaient le ciel la nuit venue, traversés par l’énigme du monde qui les entourait, se posaient tous ces mêmes questions : celles qui agitaient ces esprits curieux ne demandant qu’à être fécondés.
On peut tracer les influences les plus lointaines jusqu’aux Achéens, un groupe de population proto-grecque qui, chassé d’Asie Mineure au IIe millénaire avant notre ère, aurait, alors qu’il s’installait dans la péninsule hellénique, donné à la langue et à la mythologie grecques toute leur substance. 2
Et donc, bien avant Zénon,
bien avant Socrate, Marc Aurèle, ou bien avant toi, lecteur, vivaient et pensaient, dans l’ancien Proche-Orient, dans ce qui était alors nommé le pays entre les fleuves — le Croissant fertile : la Mésopotamie 3. Trois mille ans avant Jésus-Christ, des hommes et des femmes commencèrent à articuler et à véhiculer, dans leurs cercles, des systèmes moraux et cosmologiques : les tout premiers prémices de la pensée humaine. Là où des sociétés complexes se mettaient en place, là où les lois devinrent le cadre de la société des hommes, l’idée de justice apparaît au même moment que l’écriture est inventée : cunéiforme en Mésopotamie, hiéroglyphique en Égypte.
Les mots deviennent le vecteur normalisé de la transmission de la pensée.
La tradition orale demeure, mais désormais la préservation apparaît.
De la préservation naît la réflexion.
De la réflexion naît l’instruction de ce qui est juste et de ce qui ne l’est pas.
C’est ici,
le tout début.
Et c’était il y a cinq mille ans.
Les historiens nous disent que l’un des premiers traités au monde à avoir été rédigé, l’un des premiers guides pratiques et théoriques visant l’élévation morale et spirituelle, le fut dans la vallée du Nil, sous l’Ancien Empire de l’Égypte antique. Il s’agit de l’Enseignement de Ptahhotep, vers 2000 avant J.-C., qui avait pour souhait de transmettre à son fils quelques conseils de dignitaire avisé ; non pas des rites issus de traditions animistes lointaines, mais bien un guide pratique sur le « comment être » : l’humilité, la manière de répondre à l’agression, la modération des désirs.
En toile de fond de ces écrits à vocation utilitaire se trouvait le Maât 4, un concept-clé qui sous-tend tout le reste et qui constituera plus tard, lui aussi, le cœur de la doctrine stoïcienne : l’alignement cosmique. L’harmonie avec la nature. L’intrication du destin avec le monde.
L’acceptation
de ce qui nous arrive.
Maât n’est plus un dieu. Maât n’a pas besoin d’être personnifiée. Maât, c’est la vérité, la justice, la rectitude.
Un principe d’équilibre.
L’illustre ancêtre du Logos des philosophes grecs.
Et puis, autour de –1000, un autre texte entre dans l’Histoire : né du royaume antique de Babylone, cité déchue, lui-même inscrit dans la continuité de peuples lointains qui, pour la plupart d’entre nous, ne sont plus que des noms abstraits — et qui pourtant, silencieusement, contribuèrent à la construction de l’Homme : les Sumériens 5 et les Akkadiens 6. C’est la Théodicée babylonienne, un texte où deux protagonistes débattent de l’injustice du monde : pourquoi les méchants s’en sortent-ils toujours, et pourquoi les braves gens souffrent-ils ? Une tentative de réconcilier l’ordre divin et le réel, le destin et la vie des hommes.
Les présocratiques – A la recherche des premiers principes
Bien vivre signifiait vivre en accord avec Maât. Mentir, exploiter, perturber l’équilibre, était en soi se désaligner de la structure même de la réalité.
Ailleurs dans le monde, dans ce qu’un philosophe allemand 7 appela la période axiale, un âge pivot pendant lequel de nouveaux modes de pensée émergent aux quatre coins du globe, de nouveaux courant de pensées essaiment :
en Chine, avec Confucius ou Lao-Tseu, le taoïsme ;
en Inde, avec le bouddhisme et le jaïnisme ;
en Perse, avec Zarathoustra ;
en Palestine ;
et enfin, donc, en Occident,







