Car, si tu peux trouver à tes regrets une consolation dans la commune destinée, sache que rien de ce qui est ne doit demeurer en place.
Le temps abattra tout,
emportera tout avec lui,
et se jouera non-seulement des hommes, cette portion si chétive de son capricieux empire, mais des lieux, des contrées entières, des grandes divisions du globe, balayera des montagnes, fera plus loin surgir dans les airs des rochers inconnus, absorbera des mers, déplacera le cours des fleuves, et rompant les communications des peuples, dissoudra les sociétés et la grande famille des humains. Ailleurs il engloutira les villes dans des gouffres béants, ou le sol s’ébranlera pour les renverser : de ses flancs s’exhalera la peste ; l’inondation couvrira les terres habitées ; tout être vivant périra dans le monde submergé ; et une vaste conflagration viendra dévorer et réduire en cendres ce qu’auront épargné les eaux.Et lorsque l’heure sera venue où la création doit s’éteindre pour se renouveler, elle-même se brisera par ses propres forces ; les astres heurteront les astres ; toute matière s’embrasera, et tous ces grands luminaires, qui brillent dans un si bel ordre, formeront la flamme d’un seul incendie. Nous aussi, âmes fortunées, qui avons pour lot l’éternité, quand il semblera bon à Dieu de refondre cet univers, dans l’immense écroulement, nous-mêmes, faibles débris de plus, nous rentrerons au sein des éléments primordiaux. Heureux ton fils, ô Marcia ! il est déjà initié à ces mystères !