Section 16
XVI. N’invoquez pas pour excuse les droits de votre sexe, ce privilège des larmes qu’on lui accorde presque sans mesure, mais non pas sans terme ; car si nos ancêtres ont, par un décret solennel, permis aux veuves de pleurer dix mois leurs maris, ç’a été pour composer avec la douleur obstinée des femmes ; ils n’ont pas interdit le deuil, ils l’ont limité. Nourrir une affliction sans fin pour la perte d’un être aimé, c’est une faiblesse déraisonnable ; n’en ressentir aucune serait une dureté inhumaine. Pour bien concilier la sensibilité et la raison, il faut que l’âme s’ouvre au regret, mais qu’elle en triomphe. Ne vous réglez pas sur quelques femmes dont le premier deuil n’a cessé qu’à leur mort, sur ces mères que vous connaissez, qui à la perte de leurs fils s’imposèrent ces lugubres voiles qu’elles ne dépouillèrent plus. Vous devez mieux répondre aux débuts si courageux de votre vie : s’excuser sur ce qu’elle est femme, ne sied pas à celle qui s’est tenue loin de toute faiblesse féminine. Ce n’est pas vous que le fléau dominant du siècle, la licence des mœurs a pu entraîner comme tant d’autres, ni perles ni diamants ne vous ont séduite ; la richesse ne vous a point éblouie, ne vous a point paru le premier bien de l’humanité. Soigneusement élevée dans une maison austère et de mœurs antiques, l’exemple du vice, si dangereux même à la vertu, ne vous a point détourné d’elle. Jamais vous ne rougîtes de votre fécondité, comme si elle vous reprochait votre âge ; jamais vous n’imitâtes ces femmes qui, n’ambitionnant pour tout mérite que d’être belles, déguisent les progrès de leur grossesse comme d’un fardeau qui les dépare, ou même étouffent dans leur sein le germe et l’espoir de leur race. Ni fard, ni artifices de coquettes n’ont souillé votre visage ; jamais vous n’adoptâtes ces costumes que l’on dépose sans en être plus nue. Vous n’avez eu pour parure que cette beauté même qui a résisté à l’outrage des ans ; et la première gloire à vos yeux fut la chasteté.