Le vrai culte envers la divinité
I. Dans la piété à l’égard des dieux, sache que le principal est d’avoir sur eux des opinions droites, de croire qu’ils sont et qu’ils administrent toutes choses avec convenance et justice : que toi-même, tu as été créé pour leur obéir, pour accepter tout ce qui arrive, pour t’y conformer volontairement, comme à l’œuvre d’une intelligence très-bonne. De cette manière tu ne te plaindras jamais des dieux, et tu ne les accuseras jamais de te négliger.
II Or, tu ne peux devenir tel, que si tu enlèves le bien et le mal des choses qui ne dépendent pas de nous, pour le placer dans celles-là seules qui dépendent de nous. En effet, si tu prends pour bonne ou pour mauvaise quelqu’une des choses étrangères, il est de toute nécessité que, lorsque tu te verras privé de celles que tu désires, ou tombé dans celles que tu crains, tu accuses et haïsses les auteurs de ces choses.
III. Tout être vivant, en effet, est né pour fuir et éviter les choses qui lui semblent nuisibles, et leurs causes ; pour aimer et admirer celles qui lui semblent utiles, et leurs causes. Aussi ne se peut-il faire qu’un homme qui croit avoir souffert quelque dommage, aime ce qui lui semble causer ce dommage ; de même qu’il est impossible qu’il se réjouisse du dommage même.
IV. De là vient qu’un fils accable son père de reproches lorsque ce dernier ne partage pas avec lui ce qu’il prend pour des biens. De même, ce qui rendit ennemis Polynice et Étéocle, ce fut de croire que la tyrannie est un bien. C’est encore pour cette raison, que le laboureur accable de reproches les dieux, et de même le matelot, et de même le marchand, et de même ceux qui ont perdu leurs femmes et leurs enfants. Car là où est l’utilité, là seulement est la piété. Aussi, quiconque observe de ne désirer et de n’éviter que ce qu’il convient, observe par là même la piété.
V. Il faut toujours faire les libations, les sacrifices et les offrandes selon les rites de son pays, avec pureté, sans retard et sans négligence, sans parcimonie et sans prodigalité.