Fragment 191
191. La gaieté naît de la modération dans les plaisirs et de l’harmonie de la vie. L’excès comme le manque entraînent des changements et provoquent de grands troubles dans l’âme. Les âmes agitées par de grands écarts ne sont ni stables ni sereines. Il faut donc fixer son esprit sur ce qui est atteignable, se contenter de ce que l’on possède, accorder peu d’attention aux choses enviées et admirées, et ne pas s’y attarder par la pensée. Il faut plutôt considérer la vie de ceux qui sont dans la détresse, réfléchir à l’intensité de leurs souffrances, afin que sa propre condition paraisse enviable, et qu’en cessant de désirer davantage on cesse aussi de souffrir intérieurement. Car celui qui admire sans cesse ceux qui possèdent beaucoup et que l’on dit heureux est poussé à entreprendre toujours du nouveau et, par le désir, à risquer des actes irréparables interdits par les lois. Il faut donc se contenter de ce que l’on a, comparer sa vie à celle de plus mal lotis, et se tenir pour heureux. En conservant cette manière de penser, on vivra plus sereinement et l’on chassera de la vie l’envie, la jalousie et la malveillance.