De quel prix on achète les biens extérieurs
I. Quelqu’un t’a été préféré dans un festin, dans une salutation ; on l’a de préférence admis dans un conseil : si ce sont là des biens, il faut te réjouir qu’ils lui soient échus ; si ce sont des maux, ne t’afflige point de ce qu’ils ne te sont pas échus ; mais souviens-toi que, ne faisant pas ce que font les autres pour obtenir les choses qui ne dépendent pas de nous, tu ne peux prétendre à une part égale.
II. Comment pourraient-ils avoir autant, et celui qui ne fréquente pas la porte de certain puissant et celui qui s’y présente sans cesse ? celui qui ne l’accompagne point et celui qui l’accompagne ? celui qui ne le flatte point et celui qui le flatte ? Tu es donc injuste et insatiable, si, ne donnant point le prix dont ces biens s’achètent, tu veux les recevoir gratis.
III. Combien vend-on les laitues ? une obole, je suppose. Si quelqu’un, donnant l’obole, reçoit les laitues, et que toi, ne la donnant point, tu ne les reçoives pas, ne crois pas avoir moins que celui qui les reçoit : comme il a les laitues, tu as l’obole, que tu n’as point donnée.
IV. De même ici. Quelqu’un ne t’invite pas à un banquet ? C’est que tu ne lui as pas payé le prix qu’il vend son dîner : il le vend au prix d’une louange, d’une complaisance. Donne donc le prix auquel il le vend, si tu y trouves avantage. Mais si tu ne veux pas le donner et que tu veuilles prendre la chose, tu es insatiable et imbécile.
V. N’as-tu donc rien obtenu à la place de ce repas ? Ce que tu as obtenu, c’est de ne point avoir flatté celui que tu ne voulais pas flatter, et de n’avoir rien enduré de ses portiers.