Commenter les philosophes n’est pas philosopher
Si quelqu’un se vante de pouvoir comprendre et expliquer les ouvrages de Chrysippe, dis en toi-même : Si Chrysippe n’eût écrit obscurément, cet homme n’aurait donc rien dont il pût se glorifier ? Pour moi, qu’est-ce que je veux ? Connaître la nature, et la suivre. Je cherche donc qui peut me l’expliquer, et ayant entendu dire que c’est Chrysippe, je vais à lui. Mais je ne comprends pas ses écrits : je cherche qui me les explique. Jusqu’ici, rien dont je puisse être fier. Mais quand j’ai trouvé l’interprète, il me reste à pratiquer les préceptes qu’il m’explique : c’est là seulement ce qui peut me rendre fier. Et si je me contente d’admirer l’art d’interpréter, que suis-je autre chose qu’un grammairien, à la place d’un philosophe ? la seule différence, c’est que, au lieu d’Homère, j’explique Chrysippe. Que bien plutôt, si on me dit : « Explique-moi Chrysippe «, je rougisse de ne pouvoir montrer des actions en harmonie avec mes paroles !