Chez Héraclite, le devenir occupe la place centrale. Il considérait que ce qui est en mouvement — le feu — est l’élément fondamental. La difficulté de concilier un principe unique avec la diversité infinie des phénomènes se résout par la reconnaissance que la lutte des contraires est une forme d’harmonie. Le monde est à la fois un et multiple ; la « tension des opposés » constitue l’unité du Tout. Il dit : « la guerre est commune à tous, la lutte est justice... toutes choses naissent et périssent par la lutte. » Un Être indifférencié, infini et éternel, ne peut rendre compte de cette diversité. D’où l’opposition entre l’Être et le Devenir, et la solution d’Héraclite : le changement est le principe fondamental — ce « changement impérissable qui renouvelle le monde », comme le disent les poètes. Ce changement n’est pas une cause matérielle, c’est pourquoi il est représenté par le feu, à la fois matière et force motrice. La physique moderne rejoint étonnamment Héraclite, si l’on remplace le « feu » par l’« énergie ». L’énergie est une substance, car sa quantité totale ne varie pas ; les particules élémentaires peuvent en dériver. L’énergie est ce qui meut, la cause première de tout changement, transformable en matière, en chaleur ou en lumière. Le conflit entre opposés chez Héraclite se retrouve dans la tension entre formes d’énergie.