Si ni les particules subatomiques ni les espèces organiques ne correspondent aux « entités permanentes » de la métaphysique grecque, qu’est-ce qui, dans le monde réel, le fait ? ...Deux siècles de recherches historiques ont changé la donne. Que l’on s’intéresse à l’histoire sociale ou intellectuelle, à la zoologie évolutive, à la géologie historique ou à l’astronomie — que l’on examine les théories explicatives, les amas stellaires, les sociétés, les cultures, les langues, les disciplines, les espèces organiques ou la Terre elle-même — le verdict n’est pas parménidien, mais héraclitéen. Selon notre compréhension actuelle, rien dans le monde empirique ne possède l’identité permanente et immuable que les philosophes grecs de la nature (à l’exception des Épicuriens) prêtaient aux éléments ultimes de la nature. Si nous voulons formuler des pensées métaphysiques compatibles avec le reste de nos idées contemporaines, nous devons explorer les conséquences d’une approche moderne, post-darwinienne ou « populationnelle », non seulement pour les espèces, mais pour toutes les entités historiques. Face à la question « Comment les entités permanentes conservent-elles leur identité à travers les changements ? », il faut simplement en rejeter la validité. Et lui substituer une autre : « Comment les entités historiques maintiennent-elles leur cohérence et leur continuité malgré les véritables changements qu’elles subissent ? »