
Interconnexion universelle
Sympatheia
Sympatheia désigne, dans la physique stoïcienne, l’interconnexion universelle de toutes les choses. Le terme grec συμπάθεια signifie littéralement « co-affection », « résonance commune » ou « fait de pâtir avec ». Il exprime l’idée que tout ce qui existe dans le cosmos est lié, affecté et coordonné au sein d’un même ordre. Pour les stoïciens, l’univers est un tout vivant, cohérent et rationnel, structuré par le logos. La sympatheia est la conséquence directe de cette unité : aucun événement n’est isolé, aucun être n’existe de manière indépendante. Chaque chose agit sur les autres et subit leur influence, selon une trame causale continue.
Cette notion ne relève ni du mysticisme ni d’une simple métaphore morale. Elle appartient pleinement à la physique stoïcienne. Puisque tout est corporel et pénétré par le pneuma, une modification locale peut avoir des effets à distance, comme une vibration qui se propage dans un corps unique. Le monde fonctionne ainsi comme un organisme, non comme un agrégat de parties séparées ; sur le plan éthique, la sympatheia fonde une certaine conception de la communauté humaine.
Si tout est lié, alors les êtres humains participent d’une même nature rationnelle.
De là découle l’idée stoïcienne de fraternité universelle, de cosmopolitisme, et l’exigence de justice et de bienveillance envers autrui. Nuire à un autre, c’est en un sens nuire à l’ordre dont on fait soi-même partie.
La sympatheia permet aussi de comprendre pourquoi le sage stoïcien cherche à accorder ses jugements à l’ordre du monde. Puisque tout est lié, résister intérieurement à ce qui arrive, c’est se mettre en conflit avec la totalité du réel. À l’inverse, consentir à la nécessité, c’est entrer en harmonie avec le tout.
Ainsi, la sympatheia n’est pas une émotion de compassion au sens moderne, mais un principe cosmique : le lien invisible qui unit toutes choses, fonde l’ordre du monde et rend possible une éthique de l’accord, de la solidarité et de la responsabilité universelle.