
Fin ultime
Telos
Telos désigne la fin ultime, l’accomplissement vers lequel une chose tend par nature. Le terme signifie à la fois « fin », « accomplissement » et « perfection », non pas au sens d’un arrêt, mais au sens de ce pour quoi quelque chose existe et trouve sa pleine réalisation.
Dans la philosophie grecque, le telos n’est pas un objectif arbitraire que l’on se fixe, mais ce qui donne sens et cohérence à l’ensemble d’une vie. Il répond à la question fondamentale : vers quoi tout cela tend-il, en dernière instance ?
Chez Aristote, le telos de l’être humain est l’eudaimonia : une vie pleinement accomplie, définie comme une activité de l’âme conforme à la vertu. Le telos n’est donc pas un état passif, mais une manière d’agir et de vivre qui actualise ce que l’homme est en puissance.
Les stoïciens reprennent le concept, mais le simplifient et le radicalisent. Pour eux, le telos est de vivre conformément à la nature, c’est-à-dire conformément à la raison. Cette conformité ne dépend pas des circonstances extérieures, mais uniquement de la rectitude du jugement et de la cohérence intérieure. Le telos est atteint dès lors que la vie est moralement droite, indépendamment du succès, du plaisir ou des conditions matérielles.
Il est essentiel de distinguer le telos du skopos. Le telos est la fin ultime, stable et non négociable ; le skopos est la visée concrète de l’action ici et maintenant. Le telos donne la direction globale de la vie ; le skopos règle l’orientation de chaque acte particulier. On peut agir conformément au telos même si l’on n’atteint pas le résultat visé.
Ainsi, le telos n’est pas quelque chose que l’on « obtient » à la fin de la vie comme une récompense. Il est ce selon quoi on vit à chaque instant. Vivre selon son telos, c’est faire de chaque action une expression cohérente de ce que l’on juge être le bien humain.