
But
Skopos
Skopos désigne le but visé, la cible vers laquelle une action est orientée. Le terme vient du vocabulaire du tir à l’arc et de l’observation : le skopos est le point que l’on regarde, que l’on vise, et vers lequel on dirige son mouvement.
En philosophie antique, et tout particulièrement dans le stoïcisme, le skopos ne désigne pas simplement un objectif extérieur à atteindre, mais la direction générale de l’action. Il faut le distinguer du telos (la fin ultime). Le telos est ce qui constitue l’accomplissement final de la vie humaine, tandis que le skopos est ce qui guide concrètement les choix et les actes au quotidien.
Chez les stoïciens, le telos est la vie conforme à la nature ou à la raison, tandis que le skopos correspond à la manière correcte d’agir ici et maintenant, en accord avec ce telos. Autrement dit, le skopos n’est pas un résultat garanti, mais une orientation juste de l’action, indépendamment de son issue.
Cette distinction est essentielle : on peut manquer sa cible extérieure tout en ayant bien visé. Un acte peut échouer dans ses effets sans être moralement mauvais, si le skopos — l’intention rationnelle et droite — était correct. Ce qui compte n’est donc pas le succès, mais la justesse de la visée.
Le skopos introduit ainsi une éthique de l’orientation plutôt que du résultat. Il rappelle que ce qui dépend de nous n’est pas l’issue des événements, mais la direction que nous donnons à nos jugements, à nos décisions et à nos actions.
Dans le stoïcisme, vivre correctement revient à maintenir un skopos droit : viser la justesse du jugement et de l’action, sans attacher sa tranquillité à l’atteinte effective de ce que l’on visait.