Section 8
VIII. De plus, ce qui est naturel ne diminue point par la durée : le temps use la douleur ; c’est en vain qu’elle se roidit, de jour en jour plus opiniâtre et que tout remède l’effarouche, celui qui sait si bien apprivoiser les plus intraitables instincts, le temps l’émoussera. Il vous reste encore, ô Marcia, un chagrin profond qui semble même endurci dans votre âme ; il n’a plus cette vivacité des premiers transports, il est tenace et obstiné ; tel qu’il est néanmoins, le temps vous le dérobera pièce à pièce. Chaque fois que d’autres soins vous occuperont, il perdra de son intensité. Jusqu’ici vous veillez à le maintenir : or ; la différence est grande entre se permettre la douleur et se l’imposer. Combien il est plus convenable à la noblesse de vos sentiments de mettre fin à votre deuil, que d’attendre qu’il veuille cesser ! Ne différez pas jusqu’au jour où il vous quittera malgré vous : quittez-le la première