Section 12
XXXI. Épargnez-vous le discrédit de paraître aux yeux de la foule plus touché d’une seule douleur que de tant de consolations. Vous voyez tous les vôtres frappés avec vous, sans qu’ils puissent vous venir en aide ; loin de là, ils attendent de vous leur soulagement, vous le sentez bien : moins donc leurs lumières et leur génie approchent des vôtres, plus votre devoir est de résister au mal commun. Et c’est déjà une sorte d’allégement que de partager sa peine entre plusieurs : un fardeau ainsi divisé doit réduire beaucoup la part qui vous reste. Je ne cesserai non plus de vous offrir l’image de César : tant qu’il gouverne le monde, et qu’il fait voir combien l’autorité se conserve mieux par les bienfaits que par les armes ; tant qu’il préside aux choses humaines, vous ne courez pas risque de vous apercevoir d’aucune perte ; en lui seul vous trouvez un support, un consolateur suffisant. Relevez votre courage, et chaque fois que les larmes voudront mouiller votre paupière, arrêtez vos yeux sur César : elles se sécheront au radieux aspect de cette puissante divinité. Éblouis de son éclat, vos regards ne pourront se porter sur nul autre objet : il les tiendra fixés sur lui seul. Il est nuit et jour le but de vos contemplations, votre âme n’en est jamais distraite ; pensez à lui, comme recours contre la Fortune invoquez-le, et sans doute ce prince, si débonnaire, si affectueux pour tous ceux qui lui appartiennent, aura déjà mis plus d’un appareil sur votre blessure et prodigué le baume qui doit charmer vos douleurs. Mais encore, n’en eût-il rien fait, voir seulement César ou penser à lui, n’est-ce pas l’adoucissement le plus prompt, le plus efficace pour vous ? Vous tous, dieux et déesses, prêtez-le longtemps à la terre, qu’il égale les hauts faits d’Auguste et dépasse ses années ; que, tant qu’il sera parmi les mortels, il ne s’aperçoive pas que rien dans sa maison soit sujet à la mort. Que le maître futur de l’empire, que son fils voie apprécier par un père son long dévouement, et qu’il lui soit associé avant d’être son successeur ! Que bien tard, et pour nos neveux seulement, luise le jour où sa famille le placera dans les cieux !