Pensée 9.40
40. Ou les Dieux sont impuissants, ou ils peuvent quelque chose. S’ils sont sans puissance, pourquoi leur adresser tes prières ? S’ils peuvent quelque chose pour toi, pourquoi ne les pries-tu pas de te donner la force de ne plus craindre rien de tout ce que tu crains, de ne désirer rien de ce que tu désires, de ne t’affliger de rien de ce qui t’afflige, plutôt que de leur demander qu’ils t’accordent cette chose que tu souhaites, ou qu’ils éloignent telle ou telle autre chose de toi ? Car si les Dieux peuvent aider les hommes en agissant avec eux, c’est en cela certainement qu’ils le peuvent. Mais peut-être diras-tu : « Ce sont là des choses dont les Dieux m’ont laissé maître. » Eh bien alors, ne vaut-il pas cent fois mieux te les procurer toi-même, et te servir avec pleine liberté de choses qui ne dépendent que de toi seul, plutôt que de t’agiter avec la bassesse d’un esclave pour des choses qui ne dépendent pas de toi ? Mais qui t’assure que les Dieux ne prennent point une part dans les actions mêmes qui dépendent de nous ? Essaie donc un peu de les prier comme je te le recommande, et tu verras. L’un fait cette prière : « Ô Dieux, faites que je couche avec cette femme ! » Et toi, fais-leur cette prière : « Faites, ô Dieux, que je ne désire pas coucher avec elle. » Un autre prie ainsi : « Faites, ô Dieux, que je sois délivré de ce fléau. » Toi, au contraire, prie-les en disant : « Faites, ô Dieux, que je ne désire pas d’être délivré de ce fléau. » Un troisième s’écriera : « Faites, ô Dieux, que je ne perde pas mon enfant. » Toi, prie-les en leur disant : « Faites, ô Dieux, que je ne craigne pas de le perdre. » C’est en ce sens que tu dois diriger le cours de tes prières, et tu vois ensuite venir les choses.