Pensée 8.7
7. Toute nature est pleinement satisfaite de suivre son droit chemin. Or la nature raisonnable suit tout droit le sien, lorsque, dans les apparences que lui fournissent les sens, elle ne s’arrête ni au faux, ni à l’obscur ; lorsqu’elle dirige uniquement ses puissances en vue de l’intérêt commun ; lorsqu’elle n’adresse ses désirs et ses répugnances qu’à ce qui dépend de nous seuls ; lorsqu’elle embrasse avec amour le destin que lui fait la commune nature. C’est qu’en effet l’être raisonnable en est une partie, tout comme la nature de la feuille est une partie de celle de la plante ; si ce n’est pourtant que la nature de la feuille fait partie d’une nature insensible, dénuée de raison, et qui peut être contrariée dans son développement, tandis que celle de l’homme relève d’une nature que rien ne contrarie, ni n’arrête, d’une nature douée d’intelligence, ayant le sentiment de la justice, répartissant à tous les êtres, en proportions égales et selon leur importance, le temps, la substance, la cause, la faculté d’agir et les relations avec tout ce qui les entoure. D’ailleurs, quand je parle d’égalité, il est entendu qu’il ne s’agit pas de l’égalité d’un détail isolé avec le tout, mais bien de l’égalité d’un tout pris dans tout ce qu’il est, et d’un autre tout considéré de même dans sa totalité entière.