Pensée 8.34
34. Si jamais tu as eu l’occasion de voir une main, un pied, ou une tête coupés, et qui gisaient séparés du reste du corps, tu peux te dire que c’est là une image de ce que fait l’homme, pour lui-même, du moins autant qu’il le peut, quand il n’accepte pas de bon gré le destin qui lui est réparti, qu’il s’isole volontairement, ou qu’il commet un acte contraire à la loi commune. Tu t’es rejeté hors de cette union, qui était cependant conforme à la nature ; d’abord, tu avais été une partie de l’ensemble ; et voilà que maintenant tu t’en es toi-même retranché. Mais ce qu’il y a d’admirable en ceci, c’est qu’il t’est permis de te rattacher de nouveau à l’union que tu as quittée ; c’est là une faveur que Dieu n’a accordée à aucune autre partie quelconque, qui ne saurait revenir à son tout, une fois qu’elle en a été séparée et coupée. Mais vois l’immense avantage et l’honneur dont Dieu a gratifié l’homme. Il l’a d’abord laissé libre de ne pas briser l’union par son initiative individuelle ; et en second lieu, il lui a donné de pouvoir revenir, même après qu’il a rompu l’union de son plein gré, de s’y rattacher encore, et d’y reprendre, comme partie du tout, la place qu’il y occupait précédemment.