Pensée 8.1
1. Une considération bien faite pour te détourner de la présomption de la vaine gloire, c’est que tu ne peux pas te flatter d’avoir passé ta vie entière, du moins à partir de ta jeunesse, comme un vrai philosophe. Bien des gens l’ont su ; et toi-même, tu sais aussi bien que personne que tu étais alors très-loin des sentiers de la philosophie. Voilà donc ton personnage défiguré ; et te faire la réputation d’un philosophe n’est plus guère facile pour toi. La supposition seule est un contre-sens. Si donc tu comprends réellement le fond des choses, ne t’inquiète pas de l’apparence que tu pourras avoir ; mais sache te contenter, pour ce qui te reste de vie, de la passer comme le veut ta nature. Ainsi tâche de connaître ses volontés, et n’aie pas d’autre préoccupation. En effet, l’expérience t’a montré que d’erreurs tu as commises, sans jamais trouver le bonheur ; tu ne l’as rencontré ni dans l’étude, ni dans la richesse, ni dans la gloire, ni dans le plaisir, nulle part en un mot. Où donc l’obtiendras-tu ? Uniquement en faisant ce qu’exige la nature de l’homme. Et comment l’homme accomplit-il le vœu de sa nature ? En ayant d’immuables principes, d’où ses actes découlen. Et à quoi s’appliquent ces principes ? Au bien et au mal ; le bien ne pouvant jamais être pour l’homme que ce qui le rend juste, prudent, courageux et libre ; le mal n’étant non plus que ce qui produit les dispositions contraires à celles que je viens d’énumérer.