Pensée 7.70-75
70. Les Dieux, qui sont immortels, ne s’irritent nullement d’avoir à supporter durant leur éternité les fautes toujours renouvelées d’un si grand nombre de méchants incorrigibles. Loin de là, les Dieux ont même pour ces pervers une bonté qui prend mille formes. Et toi, qui dans un moment vas cesser de vivre, tu te révoltes, comme si tu n’étais pas, toi aussi, un de ces méchants !
71. Il est assez plaisant de ne pas songer à corriger ses propres vices, ce qui est possible cependant, et de prétendre corriger ceux d’autrui, ce qui est absolument impossible.
72. Quand la faculté qui comprend en nous les lois de la raison et de la société, juge qu’une chose n’est ni sensée ni utile au bien commun, elle est en droit de la rejeter comme indigne de son attention.
73. Quand tu as rendu service à quelqu’un et qu’on a profité de ce service, pourquoi cherches-tu encore une troisième chose, comme font les sots, qui est de faire paraître le service que tu as rendu, et de montrer que tu comptes sur la réciprocité ?
74. On ne se lasse jamais de recevoir des services ; or le service que nous pouvons nous rendre à nous-mêmes, c’est d’agir conformément à la nature. Ne te lasse donc pas de te faire du bien à toi-même en en faisant à autrui.
75. La nature de l’univers a procédé spontanément à la création et à l’ordre du monde. Donc, à cette heure, de deux choses l’une : ou tout ce qui se passe n’est que la suite de la première impulsion ; ou bien, il n’y a rien de raisonnable même dans les êtres les plus importants, dont le Souverain du monde a pris un soin tout particulier. Dans bien des cas, cette réflexion, si tu te la rappelles, augmentera encore ta profonde tranquillité.