Pensée 7.55
55. Ne regarde pas à ce que font les autres, sous la conduite de leur propre raison ; mais dirige exclusivement tes yeux sur la route que te trace la nature : et d’abord, la nature de l’univers, manifestée par les événements qui t’arrivent ; et ensuite, ta nature personnelle, qui se manifeste par les devoirs que tu as à remplir. Or, pour tout être, le devoir est la conséquence de l’organisation. Mais c’est en vue des êtres doués de raison que tous les autres êtres ont été faits, d’après le princcipe qui veut qu’en cela comme en tout le reste, les moins bonnes choses soient faites en vue des meilleures ; et les êtres raisonnables sont faits les uns pour les autres. Voilà pourquoi, dans l’organisation de l’homme, le devoir supérieur, c’est d’abord d’être dévoué à l’intérêt de la communauté ; en second lieu, c’est de ne point se livrer aux entraînements du corps ; car le propre de l’activité raisonnable et intelligente, c’est de se fixer des bornes à elle-même, et de ne point se laisser vaincre ni à la séduction des sens ni à celle des passions. Ces deux derniers principes, ceux des sens et des passions, sont en effet purement animaux, tandis que l’entendement revendique la première place et ne peut être dominé par aucun d’eux. L’entendement a pleinement droit à cet empire, puisque la nature veut précisément que ce soit lui qui se serve des principes inférieurs. Enfin, en troisième et dernier lieu, l’organisation douée de raison a ce privilége de pouvoir ne point faillir et ne point s’égarer. Qu’ainsi donc appuyé sur de tels secours, le principe qui doit nous diriger aille droit son chemin ; et, dès lors, il possède tout ce qui lui appartient et n’est qu’à lui.