Pensée 3.12-15
12. Si, dans l’affaire qui t’occupe actuellement, tu n’obéis qu’à la droite raison avec amour, avec courage, avec douceur, sans la moindre déviation, gardant toujours pur et sans tache le génie qui réside en toi, comme si tu avais à le restituer à l’instant même ; si tu sais remplir toutes ces conditions sans rien craindre et sans rien éviter, ne t’occupant que de l’acte que tu as présentement à faire, selon la loi de la nature, et de l’héroïque vérité qui doit régner dans tout ce que tu dis ou tu exprimes, tu te conduiras aussi bien qu’il est possible de se conduire ; et personne au monde ne peut te ravir ce bonheur.
13. De même que les médecins ont toujours sous la main leurs appareils et leurs instruments tout prêts, afin de pouvoir soigner sur-le-champ les accidents imprévus, de même sois toujours muni de quelques préceptes qui te permettent de comprendre les choses divines et humaines, et de tout faire, même pour les objets les plus ordinaires, en vue du lien étroit qui les enchaîne les uns aux autres ; car il n’est pas une affaire humaine qu’on réussisse à bien conduire, si on ne la rapporte point aux choses divines ; et réciproquement.
14. Cesse enfin de t’égarer ; tu n’as plus le temps de lire, ni tes mémoires personnels, ni les hauts faits des anciens Romains et des Grecs, ni ces extraits d’ouvrages choisis que tu avais réservés pour charmer ta vieillesse. Ne tarde donc plus à en finir ; et, si tu as quelque souci de toi-même, laisse là les espérances vaines, et ne pense plus qu’à ton propre salut, tandis que tu peux encore y songer.
15. On ne sait pas assez toutes les nuances de significations diverses que peuvent recevoir des mots tels que : Voler, Semer, Acheter, Se Reposer, Voir ce qu’on doit faire ; car on ne voit pas ces nuances par les yeux du corps, mais par une vue toute différente.