Pensée 12.23
23. Une action isolée, quelle qu’elle soit, quand elle cesse en son temps, ne souffre en rien dans le mérite qu’elle peut avoir, par cela seul qu’elle a cessé ; celui qui a fait cette action ne souffre pas davantage par ce motif unique que cette action a dû cesser d’être. En vertu de la même raison, cet ensemble d’actes successifs qui est ce qu’on appelle la vie, n’est pas mis à mal par cela seul qu’il cesse son cours, pas plus que ne souffre celui qui met un terme opportun à cet enchaînement d’actions qui se suivent. C’est la nature qui marque le temps opportun et la limite. Parfois, c’est la constitution même de chaque individu, quand il sent le poids de la vieillesse. Mais, d’une manière générale, c’est la nature universelle qui nous prescrit ce terme inévitable, parce qu’il faut que ses parties changent perpétuellement, pour que le monde dans sa totalité soit éternellement jeune et florissant. Or tout ce qui est dans l’intérêt de l’ensemble est toujours bon et vient toujours à point. Donc la cessation de la vie n’est un mal pour personne, parce qu’elle n’a rien de honteux, attendu qu’elle est absolument involontaire et qu’elle ne blesse en quoi que ce soit l’intérêt de la communauté. On peut même dire qu’elle est un bien, du moment qu’elle est opportune et utile pour l’ensemble des choses, et qu’elle rentre dans leur cours régulier. C’est qu’en effet l’homme est porté par la main de Dieu, quand il se porte vers le même but que Dieu lui-même, et qu’en pleine connaissance de cause, il s’associe à ses desseins.