Livre 7.29
XXIX. « J’ai perdu mon bienfait ! » Ce que l’on consacre aux dieux, dit-on jamais qu’on l’a perdu ? Le bienfait est au rang des choses consacrées si, tout stérile qu’il puisse être, on l’a placé à bonne intention. « Cet homme n’est pas tel que nous l’espérions ! » Soyons tels que nous fûmes : ne l’imitons pas. Elle a eu lieu dès l’origine, la perte dont tu t’aperçois seulement.
Ce n’est pas sans mortification pour toi-même que tu dénonces l’ingrat : car se plaindre d’un bienfait perdu, c’est signe qu’on avait mal donné. Plaidons de notre mieux devant nous-mêmes la cause de l’ingrat : peut-être n’a-t-il pas pu, peut-être n’a-t-il pas su, peut-être rendra-t-il. Plus d’un mauvais titre est devenu bon, grâce à la sage lenteur du créancier qui a soutenu, qui a aidé par des délais. Faisons de même : prêtons secours à une reconnaissance qui chancelle.