Livre 7.25
XXV. Aristippe, un jour, savourant des parfums, s’écria : « Maudits soient les efféminés qui ont fait décrier une si douce chose ! » À notre tour disons : Maudits soient ces déloyaux, ces importuns usuriers de bienfaisance qui ont aboli ce beau droit, le droit de rappel entre amis ! N’importe ! j’userai, moi, de cette prérogative de l’amitié, et demanderai le retour d’un service à l’homme que j’eusse prié de ce même service. Il acceptera comme une grâce nouvelle l’occasion de s’acquitter. Jamais, dussé-je en venir à la plainte, je ne dirai :
Jeté nu sur ces bords, je l’arrache au trépas ;
Je partage, insensée, avec lui mes États.
Ce n’est point là un avertissement : c’est un amer reproche. C’est rendre ses bienfaits haïssables ; c’est faire que l’ingratitude devienne un droit, un plaisir. Il suffit et au delà de ces autres paroles modestes et affectueuses qui réveillent les souvenirs :
Si j’ai bien mérité de toi, si dans ton coeur
J'eus quelque place….
C’est à l’autre, en revanche, à dire : « Dieux ! si tu as mérité ! Jeté sur le rivage, dépouillé de tout, tu m’as recueilli. »