Livre 7.22
XXII. Ce que tu dois, cherche à qui le rendre : si nul ne réclame, il faut te sommer toi-même ; que ton bienfaiteur soit bon ou méchant, peu t’importe. Paye-le, tu l’accuseras après, et rappelle-toi comment les rôles sont partagés entre vous deux. À lui l’oubli est demandé, ton devoir à toi est de te souvenir. On aurait tort toutefois de croire qu’en disant que l’auteur du bienfait doit oublier, nous voulons lui enlever la mémoire de ce qu’il y a au monde de plus honorable. Si parfois nos préceptes dépassent la mesure, c’est pour mieux revenir au vrai et à leur point. Quand nous disons qu’il ne doit pas se souvenir, nous voulons faire entendre qu’il ne doit pas publier ses actes, ni en tirer gloire, ni se rendre importun. Certaines gens vont de cercle en cercle raconter tout le bien qu’ils ont fait : ils en parlent à jeun, ils ne peuvent s’en taire dans l’ivresse, ils en étourdissent les inconnus, ils le confient à leurs amis. Pour guérir cette manie de souvenirs qui sont de vrais reproches, nous avons prescrit l’oubli au bienfaiteur ; et lui commander au delà du possible, c’était lui conseiller le silence.