Livre 7.20
XX. Mais les choses fussent-elles à ce point, et eussé-je dès lors toutes représailles libres envers un homme qui, brisant tous les devoirs, a donné contre lui le droit de tout faire, je croirai devoir garder une mesure telle que, si ma restitution n’est capable ni d’augmenter son pouvoir désastreux pour tous, ni de l’affermir, et qu’elle puisse se faire sans entraîner la ruine publique, je la ferai. Je sauverai son fils en bas âge : en quoi ce service nuit-il à aucun de ceux que sa cruauté déchire ? Mais de l’argent pour stipendier et retenir ses satellites, je ne lui en fournirai point. S’il désire des marbres, de riches costumes, cet attirail de luxe ne peut chez lui faire tort à personne : mais je ne lui donnerai ni armes, ni soldats. S’il demande comme cadeau d’un grand’prix des artistes scéniques, des courtisanes, de ces choses qui peuvent amollir son humeur féroce, volontiers les lui offrirai-je. Je ne lui enverrai ni trirèmes, ni bâtiments de guerre ; mais des vaisseaux de plaisance et de parade et autres fantaisies de rois qui s’ébattent sur la mer, à la bonne heure. Et si la guérison de cette âme est totalement désespérée, du même coup je rendrai service au monde et m’acquitterai envers l’homme, puisque pour de tels caractères sortir de la vie est le seul remède, et que le mieux est de cesser d’être quand on ne peut plus revenir à soi. Mais de pareils monstres sont rares et passent toujours pour des phénomènes, comme les brusques déchirements du sol et l’éruption de volcans sous-marins. Donc éloignons d’eux notre pensée ; parlons de ces vices que l’on déteste, mais sans frémir. Ce méchant homme, que je puis rencontrer dans le premier marché venu, et qu’individuellement on redoute, recouvrera auprès de moi le bienfait que j’aurai reçu de lui. Il n’est pas juste que son iniquité me profite : que ce qui n’est pas à moi retourne au possesseur, bon ou méchant. Avec quel scrupule je ferais mon enquête si, au lieu de rendre, je voulais donner ! Il faut qu’ici je cite une anecdote.