Livre 7.15
XV. « Le bienfaiteur, me dit-on, t’a obligé doublement, d’intention et de fait ; et tu lui es doublement redevable. » On peut tenir ce langage à qui ne témoignerait qu’une oisive intention : mais celui qui, outre l’intention, fait effort et n’omet aucune tentative, celui-là ne le mérite pas : car il satisfait aux deux choses autant qu’il est en lui. Et puis il ne faut pas toujours comparer les choses numériquement : quelquefois une seule en vaut deux. Ici, par exemple, l’effet est compensé par cette volonté si dévouée, si désireuse de rendre. Que si l’intention sans le fait est un retour insuffisant, nul ne s’acquitte envers les dieux, auxquels on n’offre que l’intention. « C’est, dira-t-on, qu’on ne peut leur donner autre chose. » Eh bien ! si je ne puis faire mieux pour mon bienfaiteur, pourquoi ne serai-je pas reconnaissant envers cet homme de la même façon qu’envers les dieux ?