Livre 7.13
XIII. Disons, pour ne pas te faire trop languir : le bienfait ne saurait croître en grandeur, mais les circonstances du bienfait peuvent grandir, se multiplier et offrir un champ plus vaste aux effusions d’une libéralité qui suive son penchant comme les amants s’abandonnent au leur : ceux-ci, par de nombreux baisers, par d’étroits embrassements, n’augmentent pas leur tendresse, mais lui donnent carrière.
La question qui vient ensuite a été aussi traitée à fond dans les premiers livres : je l’effleurerai donc brièvement, car on y peut rattacher tous les arguments présentés ailleurs. La voici : Celui qui a tout fait pour payer sa dette l’a-t-il payée ? La preuve, dit-on, qu’il n’a pas payé, c’est qu’il a tout fait sans y réussir. Évidemment donc la chose n’a point eu lieu, dès que l’occasion a manqué. Et le débiteur n’a point remboursé quand, pour y parvenir, il a partout cherché sans trouver sa somme. Il est des choses de nature telle qu’elles doivent se résoudre en effets ; il en est d’autres où l’on répute pour effets d’avoir tout tenté pour effectuer. Si le médecin, pour me guérir, a épuisé les ressources de l’art, toute sa tâche est remplie ; son client eût-il succombé, l’orateur a toujours le mérite de l’éloquence qu’il a déployée, s’il a fait valoir tous les moyens de droit ; la gloire ne couronne pas moins le général malheureux à la guerre, si d’ailleurs sa prudence, ses talents, sa valeur ont répondu à ce qu’on attendait de lui. L’obligé a tout fait pour te rendre : ta prospérité l’en a empêché. Aucune disgrâce ne t’est survenue qui mît à l’épreuve la sincérité de son amitié. Il n’a pu donner à un riche, veiller au chevet d’un homme bien portant, assister un heureux. Il s’est acquitté, bien que tu n’aies pas recouvré ton bienfait. En un mot, l’homme qui toujours rêve à se libérer, qui en épie l’occasion, qui n’y épargne ni soins ni peine, a plus fait que celui qui doit au hasard de s’être acquitté promptement.