Livre 7.12
XII. Ainsi l’on peut donner au sage, bien que tout lui appartienne ; de même, quoique nous disions qu’entre amis tout est commun, rien n’empêche de faire un don à son ami. Car cette communauté avec un ami n’est pas celle d’un associé qui a sa part comme moi la mienne : c’est celle du père et de la mère qui, ayant deux enfants, n’ont pas chacun le leur, mais en ont chacun deux. Or avant tout je veux faire savoir à quiconque m’invite à m’associer avec lui qu’entre nous deux il n’y a rien de commun. Pourquoi ? c’est qu’une telle communauté n’a lieu qu’entre sages ; ils sont tous amis. Les autres ne sont pas plus amis qu’associés. D’ailleurs il est plus d’un genre de communauté. Les bancs des chevaliers appartiennent à tout chevalier romain ; et sur ces bancs toutefois la place que j’ai prise me devient propre. Si je la cède à un autre, bien qu’elle me soit commune avec lui, je passe pour lui faire une faveur. Certaines choses ne donnent certains droits qu’à une condition spéciale. J’ai ma place aux bancs des chevaliers non pour la vendre, ni pour la louer, ni pour y être à demeure : c’est à la seule fin d’y voir le spectacle. Je ne mentirai donc pas si je dis que j’ai ma place sur ces bancs ; mais si je viens au théâtre et qu’ils soient tous remplis, j’ai là ma place de droit, puisqu’il m’est permis de m’y asseoir, et je ne l’ai pas, puisque ceux qui jouissent du même droit que moi les occupent toutes. Sache qu’il en est de même entre amis. Tout ce que possède mon ami nous est commun à tous deux, mais reste propre au détenteur : en disposer sans son aveu m’est interdit. « Vous vous moquez, dira-t-on ; si les biens de mon ami sont à moi, je pourrai les vendre. » Non, pas plus que les places de chevaliers, bien qu’elles vous soient communes avec les autres chevaliers. Ne concluez pas qu’une chose n’est point à vous de ce que vous ne pouvez ni la vendre, ni la consommer, ni la détériorer ou l’améliorer. Cette chose est vôtre, bien qu’elle ne soit vôtre qu’avec restriction. Vous avez reçu, mais tous ont reçu au même titre.