Livre 6.6
VI. Les cas cités par toi, cher Libéralis, sont déterminés par des lois spéciales qu’il faut suivre, et l’une ne rentre pas dans l’autre. Chacune a ses errements : le dépôt a son action propre tout de même certes que le vol. Mais le bienfait n’est soumis à aucune loi : il n’a que moi pour arbitre. Il m’appartient de peser les bons offices et les torts de chacun envers moi, puis de prononcer s’il m’est dû plus que je ne dois. En matière légale rien ne dépend de nous : il faut suivre où l’on nous mène. En matière de bienfait l’autorité est toute en moi ; et ici je décide sans séparer, sans disjoindre : injures comme bienfaits, je renvoie tout au même juge. Autrement, c’est vouloir qu’en même temps j’aime et je haïsse ; que je me plaigne et que je remercie, ce que la nature n’admet pas. Il vaut mieux, comparaison faite du bienfait et de l’injure, voir s’il ne m’est pas encore dû quelque chose. Tout comme un homme qui sur les lignes de mes manuscrits s’aviserait d’écrire d’autres lignes n’enlèverait pas les premiers caractères et ne ferait que les couvrir, ainsi l’injure qui survient ne laisse plus voir le bienfait.