Livre 6.40
XL. Vois quelle est ta justice ! Tu ne souhaiterais rien de tout cela s’il ne t’avait pas fait de bien. Sans parler des torts plus graves que tu commets en répondant par les plus grands maux aux plus grands services, tu es coupable au moins de ne point attendre le moment convenable ; il est aussi mal de le devancer que de le laisser fuir. Comme un bienfait ne doit pas toujours s’accepter, il n’est pas toujours bien de le rendre. Me rendre sans que je le désire serait être ingrat ; combien ne l’es-tu pas plus, toi qui me contrains à le désirer ! Attends : pourquoi ne veux-tu pas que mon présent séjourne chez toi ? Pourquoi ton obligation te pèse-t-elle ? Pourquoi, comme avec un âpre usurier, te hâtes-tu de régler nos comptes ? Pourquoi me chercher des embarras, déchaîner sur moi la colère des dieux ? Comment redemanderais-tu, toi qui payes de la sorte ?