Livre 6.37
XXXVII. Callistrate, dit-on, ainsi du moins Hécaton l’atteste, pariait pour l’exil avec beaucoup d’autres qu’avait chassés une démocratie factieuse et d’une licence effrénée ; quelqu’un lui exprimant le vœu qu’Athènes se vît dans la nécessité de réintégrer les bannis, il eut horreur d’un pareil retour. Le mot de notre Rutilius est encore plus énergique. Je ne sais qui lui disait, par forme de consolation, qu’une guerre civile était imminente, et que bientôt tous les exilés se verraient rappelés : « Quel mal t’ai-je fait, répondit-il, pour me souhaiter un retour plus affreux que mon départ ? J’aime mieux que mon pays ait à rougir de mon exil qu’à s’affliger de mon rappel. » Ce n’est pas un exil qu’une absence dont tout le monde est plus honteux que l’homme qui y fut condamné.
Si ces grands hommes ont rempli le devoir de bons citoyens en refusant de revoir leurs pénates au prix du désastre public, parce qu’une injustice soufferte par deux individus est préférable au mal de tous, je manque à mon tour aux sentiments de la reconnaissance si je veux qu’un homme bien méritant de moi soit écrasé de difficultés pour que je puisse les écarter de lui. Bien que nos motifs soient bons, nos vœux sont des vœux de malheur. Il n’y a pas même d’excuse, loin qu’il y ait de l’honneur, à éteindre un incendie qu’on aurait allumé.