Livre 6.35
XXXV. Cet excès d’empressement, disons-le encore, est d’un ingrat. Je ne puis le démontrer plus clairement qu’en répétant mes premières paroles : Non, tu ne veux pas rendre le bienfait reçu, tu veux t’y soustraire. C’est comme si tu disais : « Quand serai-je débarrassé de cet homme ? Travaillons par tous les moyens à ne plus être son obligé. » Tu voudrais prendre sur son bien pour le rembourser qu’on te jugerait loin d’être reconnaissant : ton vœu est encore plus inique. Tu exècres ton bienfaiteur, et tu cloues sur cette tête, qui doit t’être sacrée, une sinistre imprécation. Personne, je pense, ne mettrait en doute la barbarie de ton cœur, si tu lui souhaitais ouvertement la pauvreté, la captivité, la faim, les angoisses de la peur. Où est la différence si, à défaut de paroles, ton vœu le dit tout bas ? De sens rassis, désirerais-tu rien de tout cela ? Va, maintenant ; appelle gratitude ce que ne ferait point même un ingrat : lui du moins n’irait pas jusqu’à la haine, il n’oserait que nier le bienfait.