Livre 6.29
XXIX. Qu’il serait plus noble de dire : » Puisse mon bienfaiteur être toujours en état de distribuer des grâces, et ne jamais en avoir besoin ! Que l’abondance ne cesse de le suivre, lui qui l’emploie si généreusement en largesses et en bons offices, et qu’il n’éprouve en aucun temps l’impuissance de donner, ni le repentir de ses dons ! Que ce caractère, déjà si porté aux sentiments humains, à la pitié, à la clémence, soit encore excité, provoqué par la foule des âmes reconnaissantes ; qu’assez heureux pour les rencontrer il ne soit pas forcé de les mettre à l’épreuve ! Que nul ne le trouve inflexible, et qu’il n’ait à fléchir personne ! Que la Fortune, toujours égale et fidèle à lui continuer ses faveurs, ne permette aux autres de lui témoigner que la reconnaissance du cœur ! » De tels vœux ne sont-ils pas bien plus légitimes que les tiens ? Ils ne t’ajournent point à une occasion plus propice ; ils te font à l’instant même reconnaissant. Car qui empêche de l’être envers la prospérité ? Que de moyens n’a-t-on pas de s’acquitter complètement, même auprès des heureux du monde ! De sincères avis, une fréquentation assidue, des entretiens dont l’urbanité sache plaire sans flatterie, une attention, si l’on te consulte, toujours prête, une discrétion inviolable, tous les rapports d’une douce familiarité. Il n’est personne, si haut que la faveur du sort le place, qui ne soit d’autant plus privé d’ami, que nulle autre chose ne lui manque.