Livre 6.26
XXVI. « Mon vœu, dis-tu, ne lui nuit pas, puisqu’en même temps que le péril je lui souhaite les moyens de salut. » C’est dire : « Oui, j’ai bien quelque tort, mais un tort moindre que si j’invoquais le péril sans la délivrance. » Il est indigne de me plonger dans l’abîme pour m’en tirer, de me renverser pour me rétablir, de me mettre aux fers pour me délivrer. Ce n’est pas faire le bien que s’arrêter dans le mal ; et jamais il n’est méritoire d’arracher l’épine quand soi-même on l’a enfoncée. Ne me blesse pas, j’aime mieux cela que d’être guéri ; je puis te savoir gré de me guérir si l’on m’a blessé, mais non de me blesser pour avoir à me guérir. Jamais la cicatrice ne plaît que comparée avec la blessure ; et si l’on aime que celle-ci se ferme, on préférerait qu’elle n’eût pas été faite. La souhaiter à un homme dont on ne tiendrait nul bienfait serait un vœu inhumain ; combien ne l’est-il pas plus à l’égard d’un bienfaiteur ?