Livre 6.24
XXIV. Ne voyez-vous pas comme dès l’âge le plus tendre les parents obligent leurs enfants à subir des contrariétés salutaires ? Malgré leurs pleurs et leur répugnance, on emmaillotte leur corps avec le plus grand soin, et, de peur qu’une liberté prématurée ne déforme leurs membres, on les assujettit pour qu’ils croissent régulièrement ; bientôt on leur inculque les connaissances libérales ; on réduit par la crainte leur mauvais vouloir. Enfin l’on façonne leur pétulante jeunesse à la frugalité, à la pudeur, aux bonnes mœurs ; et l’indocilité cède à la contrainte. Devenus même plus âgés et déjà maîtres de leurs actions, s’ils repoussent certains remèdes par crainte ou par déraison, on emploie contre eux la force et la gêne. Ainsi les plus grands bienfaits de nos parents, nous les recevons sans le savoir ou sans le vouloir.