Livre 6.22
XXII. « Eh ! qu’ils s’arrêtent donc s’ils le peuvent. » C’est-à dire, que tous ces grands corps séparés par d’immenses intervalles, et placés dans l’espace comme sentinelles de l’univers, désertent leurs postes ; que brusquement, bouleversant toutes choses, les astres se heurtent contre les astres ; que la concorde des éléments rompue, le monde céleste coure en vacillant vers sa ruine ; que cet ensemble merveilleux dans sa rapidité laisse inachevées au milieu de leur carrière des révolutions promises pour tant de siècles ; que ces globes qui vont tour à tour et reviennent à propos, qui maintiennent avec tant de justesse l’équilibre du monde, s’abîment dans une conflagration subite ; que ce mécanisme si varié se déconcerte et se confonde en un seul chaos. Que tout devienne la proie du feu absorbé ensuite par d’inertes ténèbres, et qu’un gouffre sans fond dévore cette foule de divinités. Faut-il, pour vous fermer la bouche, que tout cela croule à la fois, ce qui vous sert en dépit de vous, ce qui marche à votre profit, bien qu’à ces mouvements préside une cause plus grande et primordiale ?