Livre 6.20
XX. Si quelqu’un prête de l’argent à ma patrie, je ne me dirai pas son débiteur ; c’est un engagement que je ne confesserai pas, ni comme candidat, ni comme accusé ; et néanmoins, pour l’acquitter, je donnerai ma quote-part. Ainsi, pour cette chose octroyée à tous, je ne me reconnais point débiteur : elle a eu lieu pour moi aussi sans doute, mais non à cause de moi ; moi aussi je l’ai reçue, mais sans qu’on sût que je la recevrais ; je ne laisserai pas de me croire comptable de quelque chose, parce que, malgré un long circuit, elle est arrivée jusqu’à moi. Il faut que j’aie été l’objet d’un acte pour qu’il m’oblige. « Dans ce système, peut-on me dire, vous ne devez donc rien ni au soleil, ni à la lune, car ce n’est pas pour vous qu’ils se meuvent ? » Mais comme leurs mouvements ont pour but la conservation de l’univers, ils se meuvent pour moi aussi qui fais partie de l’univers. Ajoutez d’ailleurs que notre condition et la leur sont bien différentes. L’homme qui m’est utile pour l’être à lui-même à l’occasion de moi, n’est pas mon bienfaiteur, parce qu’il a fait de moi l’instrument de son avantage ; au lieu que le soleil et la lune ont beau nous faire du bien pour eux-mêmes, leur but n’est pas d’obtenir de nous la réciproque ; car nous, que pourrions-nous pour eux ?