Livre 6.11
XI. Cléanthe pose cet exemple-ci : « J’ai envoyé deux esclaves chercher Platon à l’Académie et le prier de venir. L’un a fouillé tout le portique, parcouru les autres endroits où il comptait pouvoir le rencontrer, et il est rentré aussi las que désappointé ; l’autre s’arrête devant le premier charlatan venu, et pendant qu’il erre au hasard et va de groupe en groupe jouant avec ses pareils, il voit Platon qui passe, il le trouve sans l’avoir cherché. Nous louerons, continue Cléanthe, l’esclave qui, autant qu’il était en lui, s’est acquitté de sa commission ; et l’autre, que sa fainéantise a si bien servi, sera châtié. »
C’est la volonté qui, à nos yeux, confère le bienfait : vois dans quelle condition il se montre, avant de me croire lié par une obligation. Le bon vouloir est peu s’il n’a été utile ; l’utilité est peu, sans le bon vouloir. Suppose qu’on ait voulu me faire un don et que ce don n’ait point eu lieu ; l’intention m’est acquise, non le bienfait, qui n’est complété que par l’acte joint à l’intention. On voulait me prêter de l'argent, je ne l’ai pas reçu : je ne dois rien ; de même si, prêt à me rendre service, tu ne l’as pas pu, je serai ton ami, non ton obligé. Je désirerai, à ton exemple, faire aussi pour toi quelque chose : du reste, si la Fortune m’a permis d’en user libéralement avec toi, j’aurai fait une largesse plutôt qu’un acte de gratitude. C’est toi qui seras en reste avec moi ; dès lors je prends date ; et le compte s’ouvre à mon profit.