Livre 6.10
X. Revenons au premier cas. Pour payer de retour, tu veux que je fasse quelque chose ; mais pour m’obliger on n’avait rien fait. Passant au second personnage, faudra-t-il lui témoigner ma gratitude ; et, ce que j’ai reçu sans sa volonté, le lui rendre volontairement ? Mais que dire du troisième, dont la malveillance s’est surprise à me faire du bien ? Pour que je sois redevable, c’est peu qu’on ait voulu m’obliger ; pour que je ne le sois point, il suffit qu’on n’ait pas voulu le faire. Car l’intention toute nue ne constitue pas le bienfait ; et comme le bienfait n’a pas lieu, si la meilleure, la plus pleine volonté a été trahie par le sort, il n’existe pas davantage si la volonté n’a précédé l’événement. Ce qu’il faut, ce n’est pas que tu m’aies servi ; je ne suis obligé que si tu avais eu dessein de me servir.