Livre 5.3
III. Les Lacédémoniens proscrivent le combat du pancrace et du ceste, où la seule preuve d’infériorité est l’aveu du vaincu. Le coureur qui touche le premier la borne a devancé de vitesse, non de courage, son compétiteur. Le lutteur renversé trois fois perd la palme, il ne la cède pas. Comme Sparte avait grandement à cœur que ses enfants ne fussent point vaincus, elle les éloignait de toute lutte où le vainqueur est déclaré non par le juge ni par le résultat en lui-même, mais par l’aveu du champion qui se retire et livre à l’autre l’avantage. L’honneur dont ce peuple est si jaloux pour les siens, chacun peut l’obtenir de sa vertu, de son zèle, et ne jamais se laisser vaincre : car, en face même d’une force supérieure, l’âme peut rester invincible. Personne ne dit des trois cents Fabius : « Ils se sont fait battre, » mais : « Ils se sont fait tuer. » Régulus a été pris, non défait par les Carthaginois ; ainsi en est-il de tout homme accablé sous l’effort, et le poids d’une Fortune ennemie, mais dont le cœur ne fléchit pas.
De même, en matière de bienfaits, qu’on en ait reçu un plus grand nombre, de plus importants, de plus fréquents, on n’est pas vaincu pour cela. Les bienfaits de l’un l’emportent peut-être sur ceux de l’autre, si l’on met en balance les choses données et reçues ; mais à comparer qui donne et qui reçoit, en ne tenant compte que des intentions en elles-mêmes, ni l’un ni l’autre n’aura la palme. Tels souvent deux gladiateurs, dont l’un sera tout criblé de plaies et l’autre n’aura que de légères atteintes, sont réputés sortir égaux de la lice, bien que le plus maltraité semble, avoir eu le dessous.