Livre 5.21
XXI. « Mais la loi, en ne permettant pas ces répétitions, les prohibe. » Que de choses n'ont pour elles ni loi ni droit d'action, mais que l'usage social et humain, plus fort que toute loi a autorisées ! Aucune loi ne commande de garder les secrets de nos amis, aucune de tenir parole même à un ennemi. Quelle loi nous oblige à remplir une simple promesse? Et pourtant je poursuivrai de mes plaintes l'homme qui aura divulgué un propos confidentiel; je m'indignerai qu'un engagement ait été pris et méconnu. « Mais c'est changer en créance le bienfait ! » Non pas : je n'exige point, je redemande, et même je ne redemande pas : j'avertis. La plus extrême nécessité ne me fera point recourir à un homme avec qui j'aurais longtemps à lutter. S'il est assez ingrat pour qu'un avertissement ne lui suffise point, je passe outre et ne le juge pas digne d'être forcé à la reconnaissance. Le créancier n'assigne pas ceux de ses débiteurs qu’il sait avoir failli et qui, en fait d’honneur, n’ont plus rien à perdre ; de même je laisserai là certaines ingratitudes sans pudeur, endurcies, et je ne redemanderai qu’à l’homme qui ne se laissera pas arracher, mais qui rendra de bonne grâce.