Livre 4.9
IX. Mais de peur que la discussion ne dévie et ne change d’objet, je le répète, Dieu nous prodigue d’innombrables et immenses bienfaits, sans espoir de retour, puisqu’il n’a nul besoin des nôtres et que nous ne saurions lui en rendre aucun. La bienfaisance donc est par elle-même chose désirable. L’utilité de l’obligé est son seul but : rapprochons-nous-en et laissons de côté nos propres avantages. «Vous conseillez, me dira-t-on, de choisir avec soin qui l’on veut obliger, attendu que l’agriculteur ne confie pas de semence à un sable stérile. Or, si vous parlez juste, c’est votre intérêt que vous suivez en faisant le bien, ainsi que l’homme qui laboure et qui sème ; et vraiment, semer n’est pas chose désirable en soi. Outre cela, vous cherchez à qui vous donnerez, ce qu’il ne faudrait pas faire, si par elle-même la bienfaisance était désirable ; car enfin, n’importe en quel lieu et de quelle manière elle s’exercerait, elle serait toujours bienfaisance. » Je réponds que nous ne pratiquons l’honnête pour aucun autre motif que pour lui-même. Cependant, quoique tel doive être notre unique but, nous examinons ce que nous voulons faire, quand et comment nous le ferons : car tout cela constitue le bienfait. Quand donc je choisis l’homme qui doit le recevoir, c’est que je veux que le bienfait soit réel, parce que si je donne à un infâme, il n’y a plus là ni acte honnête, ni bienfait.