Livre 4.8
VIII. C’est en lui que nos stoïciens voient Bacchus-pater, Hercule, Mercure. Bacchus-pater, parce qu’il est père de tous les hommes et qu’il a institué le premier cette faculté génératrice qui veille à conserver le monde par la volupté ; Hercule, parce que sa force est invaincue, et qu’après que ses travaux l’auront lassée, elle s’évaporera dans les flammes ; Mercure, parce qu’en lui est la raison, le nombre, l’ordre, la science. Tu ne saurais tourner les yeux ni faire un pas sans le trouver devant toi : rien n’est vide de lui8 : il remplit de sa présence toute la création.
Tu ne gagnes donc rien, ô le plus ingrat des mortels ! à nier ta dette envers Dieu pour l’attribuer à la nature, puisque sans Dieu point de nature et sans nature point de Dieu ; puisque tous deux sont même chose et n’ont pas de rôles séparés.
Si tu avais reçu quelque chose de Sénèque, tu te dirais redevable à Annæus ou bien à Lucius : ce ne serait pas une substitution de créancier, mais de nom ; car que tu cites le prénom, le nom ou le surnom, l’identité subsistera. C’est ainsi que tu appelles Dieu, la nature, le destin, la fortune, toutes désignations du même être usant diversement de sa puissance. De même la justice, la probité, la prudence, le courage, la frugalité sont les trésors d’une même âme : que l’une d’elles te séduise, c’est cette âme qui te séduit.