Livre 4.5
V. Dieu ne fait aucun bien aux hommes ! D’où vient donc ce que tu possèdes, Ce que tu donnes, ce que tu refuses, ce que tu entasses, ce que tu ravis ? D’où viennent ces enchantements sans nombre créés pour tes yeux, pour ton oreille, pour ta pensée ? Et cette profusion de richesses où ton luxe même trouve ses éléments ? Car ce n’est pas à nos besoins seulement qu’on a songé : on nous aime jusqu’à soigner notre superflu. Et tous ces arbres si diversifiés par leurs fruits, tous ces végétaux salutaires, toutes ces variétés d’aliments, répartis sur, l’année entière, au point qu’à l’oisif même le hasard offre ici-bas sa subsistance ; et ces animaux de tous genres naissant sur la terre ferme ou au sein des eaux, ou dispersés dans les champs de l’air, pour que chaque élément nous apporte son tribut ; ces fleuves aux mille détours, riantes ceintures de nos campagnes, dont les uns, larges et navigables, sont faits pour prêter aux relations des peuples des chemins qui marchent, qui courent ; dont quelques autres, aux jours marqués, s’en viennent, avec leurs crues merveilleuses, rafraîchir de leur subite irrigation un sol sur lequel pèse le ciel dévorant des étés ; et ces sources médicinales si abondantes ; et ces torrents d’eaux chaudes qu’on voit jaillir jusque sur nos rivages ?
Et toi, Laris, et toi, Benacus, quand ton onde
S’élève en frémissant comme une mer qui gronde.