Livre 4.4
IV. Je sais ce qu’ici l’on va me répondre : « Dieu en effet ne nous fait aucun bien : tranquille et ne songeant point à nous, détournant sa face de ce monde, il s’occupe d’autre chose ou, ce qui semble à Épicure la plus haute félicité, ne s’occupe de rien ; et les hommages non plus que les injures ne le touchent. »
Celui qui parle ainsi n’entend donc pas la voix de nos prières1 et ces vœux qu’élèvent de toutes parts, les mains tendues vers le ciel, les hommes dans leurs foyers, les nations dans leurs temples. Pareille chose certes ne se verrait pas, et les mortels ne se seraient point accordés dans l’unanime délire d’implorer des divinités sourdes et des cieux impuissants, s’ils n’avaient reconnu des bienfaits venus d’en haut qui tantôt préviennent, tantôt suivent leurs prières, bienfaits dont l’à-propos égale la grandeur, dont l’intervention dissipe les plus terribles menaces. Eh ! quel est l’être assez misérable, assez rebuté des hommes ou du sort et tellement né pour la souffrance, qu’il n’ait rien éprouvé de la munificence divine ? Regarde autour de toi : ceux mêmes qui vont pleurant leur destinée et ne savent que gémir, vois s’ils sont tout à fait exclus des faveurs célestes, s’il en est un seul vers lequel ne se soient détournées quelques gouttes de cette inépuisable source. Est-ce donc peu que ces faveurs distribuées également à tous ceux qui naissent ? Et pour ne pas parler des biens qui plus tard nous sont dispensés à dose inégale, la nature a-t-elle donné peu en se donnant elle-même ?