Livre 4.38
XXXVIII. Philippe donnera-t-il parce qu’il a promis, quoiqu’il agisse contre son devoir, contre la justice, quoique ce soit commettre un crime et par ce fait seul fermer aux naufragés tout rivage ? Non : il n’y a pas légèreté à revenir d’une erreur qu’on reconnaît et qu’on maudit. Il faut avouer noblement qu’on a mal jugé, qu’on a été dupe. C’est le fait d’un stupide orgueil de vouloir à toute force que notre parole, quelle qu’elle soit demeure fixe et irrévocable. Ce n’est pas une honte quand la chose change, de changer d’avis. Dis-moi : si Philippe eût laissé le soldat possesseur du rivage que son naufrage lui avait conquis, n’était-ce pas interdire le feu et l’eau à toute victime de la tempête ? « Ah plutôt, se dit-il, tu iras dans l’intérieur de mon royaume portant sur ton front endurci ces caractères que je voudrais pouvoir te graver dans les yeux. Montre combien c’est chose sacrée que la table hospitalière. Fais lire sur ta face ce décret préservateur qui ne veut pas que recevoir des malheureux sous son toit soit un crime capital. Ce décret-là sera mieux sanctionné que si je l’eusse inscrit sur l’airain.