Livre 4.36
XXXVI. Toutefois j’examinerai aussi de quelle importance est la chose : je prendrai conseil de ce que vaut celle que j’ai promise. Si c’est une bagatelle, je donnerai, non que tu le mérites, mais parce que j’ai promis ; non à titre de présent, mais pour racheter ma parole, et je me tancerai à part moi, et je m’infligerai ce petit sacrifice comme peine de mon irréflexion. Voilà, me dirai-je, pour qu’il t’en souvienne, pour qu’à l’avenir tu sois plus réservé à promettre ; je payerai, suivant le dicton, pour le trop parlé. Si la somme est trop forte, je me garderai d’encourir un blâme multiplié, comme disait Mécène, par dix millions de sesterces. Je ferai cette comparaison : c’est quelque chose d’être constant dans sa promesse, c’est beaucoup aussi de ne pas donner à un indigne. Toutefois considérons la valeur de l’objet : s’il est léger, fermons les yeux ; mais s’il doit me causer un dommage ou une honte sensibles, j’aime mieux avoir à justifier une seule fois mon refus, que perpétuellement ma condescendance. Je le répète, tout est dans la portée des termes de mon engagement. Non content de retenir ce que j’aurai étourdiment promis, je redemanderai ce que j’aurai donné mal à propos. C’est folie de se croire lié par un malentendu.