Livre 4.35
XXXV. J’ai promis mon bienfait, sauf le cas éventuel où je devrais ne rien donner. Car que direz-vous si ce que j’ai promis à cet homme la patrie l’exige de moi pour elle-même ; si l’on porte une loi qui défende à tous de faire ce à quoi je m’étais engagé envers mon ami ? Je t’ai promis ma fille en mariage : j’ai reconnu ensuite que tu es étranger ; je ne puis m’allier à un étranger : mon excuse est cette même loi qui me l’interdit. Je n’aurai trahi mon engagement, on ne m’accusera d’infidélité que si, toutes choses étant dans le même état qu’au moment de mon obligation, je manque à l’exécuter. Un seul point changé me laisse libre de délibérer de nouveau et me dégage de ma parole. J’ai promis de t’assister en justice, mais je viens à découvrir que par ton procès tu cherchais à nuire à mon père ; j’ai promis de partir avec toi pour l’étranger, mais on m’annonce que la route est infestée de brigands ; je devais pour toi comparaître en personne, mais la maladie de mon fils, mais les couches de ma femme me retiennent. Tout doit être dans le même état que lorsque je t’ai promis, pour que tu puisses dire que tu as ma parole. Et peut-il s’opérer changement plus complet que si je découvre en toi un méchant homme, un ingrat ? Ce que je donnais à ton mérite supposé, je le refuserai à ton démérite, et j’aurai encore droit de t’en vouloir pour m’avoir abusé.