Livre 4.31
XXXI. Ici, cher Libéralis, je crois devoir justifier les dieux. Souvent en effet on se demande à quoi songeait la Providence en mettant sur le trône un Aridée. Crois-tu que ce fut à lui qu’elle donnait ce trône ? Non, mais bien à son père, mais à son frère. Pourquoi établit-elle maître du monde Caligula, cet homme si altéré du sang des hommes et qui le faisait couler sous ses yeux avec autant de délices que si sa bouche eût dû le boire ? Est-ce donc à lui, penses-tu, que fut donné l’empire ? N’est-ce pas à son père Germanicus, et à son aïeul, et à son bisaïeul et à d’autres qui, antérieurs à ceux-ci, ne leur ont pas cédé en gloire, bien que restés dans la vie privée et dans l’égalité commune ? Toi, Libéralis, quand tu faisaisconsul Mamercus Scaurus, ignorais-tu qu’il recueillait bouche béante les menstrues de ses servantes ? Lui-même en faisait-il mystère ?Cherchait-il à paraître pur de ces horreurs ? Voici un mot de lui sur lui-même, qui circulait, je m’en souviens, et qu’on louait en sa présence. Trouvant un jour Asinius Pollion couché, il s’offrit, usant d’une équivoque obscène, à lui faire ce qu’il aimait le mieux qu’on lui fît ; et comme le front de l’autre se rembrunissait : « Si j’ai dit quelque chose de mal, s’écria-t-il, que tout retombe sur moi, sur ma tête ! » Et ce mot-là, lui-même le racontait. Est-ce bien cet homme, cet effronté cynique que tu as admis aux faisceaux et au siège de justice ? Non : mais au souvenir de Scaurus son grand ancêtre, le prince du sénat, il te répugne que sa race demeure dans l’obscurité.